La décennie 2010 s’achève et c’est l’occasion de passer en revue les dix plus grands moments du sport algérien sur cette période. Si le bilan du sport algérien est, il faut bien l’admettre, globalement négatif (déclin du handball, du basket, de l’athlétisme…), il nous a tout de même offert des émotions particulièrement fortes, et pas seulement grâce à l’équipe d’Algérie de football et son titre à la CAN 2019.
10 – Athlétisme: Triplé algérien aux Jeux Paralympiques de Londres 2012
Trois algériens sur un même podium, c’est l’exploit insensé qu’ont réussi Kamel Kardjena, Karim Betina et Mounir Bakiri lors de l’épreuve de lancer du poids des Jeux Paralympiques de Londres, catégorie F32-33 (pour les athlètes avec une paralysie cérébrale). C’était non seulement une première algérienne, mais aussi mondiale puisque cela n’était jamais arrivé dans l’histoire des Jeux Paralympiques !
Les trois athlètes algériens ont ému leurs compatriotes lors de la cérémonie de remise des médailles, en manifestant une joie sincère et spontanée d’offrir ce moment rare à leur pays. Ils se sont ensuite rejoints sur la plus haute marche du podium pour partager ensemble ce moment.
La médaille d’or est revenu à Kamel Kardjena, déjà médaillé d’or à Pékin en 2008 et qui a décroché l’argent aux Mondiaux 2019, à 38 ans. La médaille d’argent est revenue à Karim Betina, lui aussi médaillé d’or en 2008 ainsi qu’en 2004, tandis que Mounir Bakiri a assuré la médaille de bronze, comme quatre ans plus tôt aux Jeux de Pékin. Une performance qui a grandement participé au bilan très honorable à l’Algérie lors des Jeux Paralympiques 2012, avec 19 médailles, dont quatre d’or, et un 26e au tableau des médailles.
9 – Volleyball: La qualification de l’équipe d’Algérie féminine aux JO 2012
La deuxième participation consécutive aux Jeux Olympiques est venue couronner le beau parcours du le volleyball féminin algérien depuis 2007, date de son retour au premier plan avec sa victoire aux Jeux Africains et sa seconde place en Coupe d’Afrique. Elles ont enchaîné par une victoire en Coupe d’Afrique en 2009, puis une finale en 2011, ainsi qu’une seconde médaille d’Or aux Jeux Africains de 2011.
Pour se qualifier aux JO de Londres 2012, les algériennes ont réalisé une excellente campagne de qualifications, battant successivement l’Égypte (3-1), Les Seychelles (3-0) et le Kenya (3-1) à Blida. Bien que le niveau aux Jeux de Londres se soit avéré trop élevée pour les algériennes (5 défaites en 5 matchs), cette deuxième participation consécutive à des JO demeure un véritable exploit pour une sélection qui n’a jamais fait partie du gratin africain avant ces dernières années. L’équipe est depuis rentrée dans le rang africain (6e en 2017 puis 5e en 2019), mais les succès des coéquipières de Lydia Oulmou ont montré que l’Algérie pouvait se hisser au top niveau du volleyball africain!
8 – Handball: La victoire contre l’Égypte à la CAN 2012
L’Algérie rencontre son meilleur ennemi en demi-finale de la Coupe d’Afrique de handball 2012. L’Égypte, qui domine le handball continental avec la Tunisie depuis les années 1990, est largement favorite. De son côté, l’équipe d’Algérie sait qu’elle peut se mettre au niveau de leur adversaire sur un match, comme ils l’ont montré au premier tour (34-34).
L’Égypte vite en tête à la pause (14-12), mais l’Algérie s’accroche l’occasion de disputer une première finale depuis 2002 est trop belle pour la laisser passer. Un homme va endosser le rôle du Antar Yahia du handball: Omar Benali. Il reste 30 secondes à jouer et l’Algérie est menée 24-25, lorsque l’ailier va envoyer une mine dans la lucarne du gardien Égyptien Rifaat pour égaliser. Sur l’engagement, Benali, encore lui, intercepte un ballon perdu par les égyptiens et lance Riad Chahbour qui inscrit le but de la victoire au buzzer (26-25), projetant les joueurs, le staff ainsi que le public dans une joyeuse folie!
7 – Football: La victoire de l’Algérie contre la Côte d’Ivoire à la CAN
L’Algérie dispute la Coupe d’Afrique 2010 moins de deux mois après l’héroïque qualification à la Coupe du monde face à l’Égypte. Mais la gifle inaugurale face au Malawi (0-3) a vite fait retomber l’euphorie des supporters… Malgré un parcours peu brillant, l’équipe nationale parvient à se hisser en quarts de finale, où elle rencontre la Côte d’Ivoire de Vahid Halilhodzic. Autant dire que les chances de l’Algérie sont bien minces face à l’impressionnante armada ivoirienne, bien décidée à enfin remporter la Coupe d’Afrique après une finale en 2006, et une quatrième place en 2008.
Les hommes de Rabah Saadane vont pourtant livrer un match du niveau de celui d’Oum Dormane, avec courage et abnégation pour compenser l’écart de talent. Alors que l’Algérie est aux bords de l’élimination suite au but d’Abelkader Keita à la 89e minute, l’égalisation de Madjid Bougherra dans les arrêts de jeu provoque l’explosion de joie chez les supporters, qui se remettent à croire à l’exploit. La roue avait définitivement tourné en faveur des algériens, qui terminent le travail par un but de Hameur Bouazza, en prolongations (3-2). Un match riche en émotions qui restera dans l’histoire, et une qualification inespérée pour les demi-finales.
6 – Athlétisme: Taoufik Makhloufi double médaillé d’argent aux JO 2016
Dans le désert de résultats qui caractérise l’athlétisme algérien depuis plus de quinze ans, Taoufik Makhloufi fait office d’exception. Sa double médaille d’argent aux Jeux Olympiques 2016 a encore une fois sauvé la face du sport olympique algérien, lui permettant de ne pas rentrer de Rio bredouille.
Avec cet exploit, Makhloufi est devenu le premier athlète à remporter une médaille au 800m ainsi qu’au 1500m depuis Sebastian Coe en 1984. Contrairement à 2012, où il avait fait l’impasse sur le 800m, le natif de Souk Ahras a décidé de tenter sa chance dans les deux distances et bien lui en a pris. Si le kenyan David Rudisha a paru intouchable sur le 800m, Makhloufi a longtemps cru pouvoir remporter le 1500m. Au cours de la finale la plus lente depuis 1952 (!), Makhloufi n’a pas pu revenir sur l’américain Matthew Centrowitz Jr., qui est parvenu à résister aux assauts de ses adversaires pour s’imposer en 3:50:00.
Même si il n’y a pas eu l’or au bout, Makhloufi pouvait repartir du Brésil avec le sentiment du devoir accompli, surtout après une préparation aux Jeux délicate.
5 – Football: La Victoire de l’Entente de Sétif en Ligue des Champions 2014
Quelle divine surprise que cette victoire de Sétif en Ligue des champions! Étant donné les résultats des clubs algériens en coupe d’Afrique, en perdition depuis de longues années. Mais aussi de la qualité de l’équipe sétifienne cette année-là, loin d’être la meilleure qu’ait connu le club ces dernières années… Kheïreddine Madoui va pourtant réussir à créer un esprit de groupe remarquable, qui mènera son club de coeur jusqu’au succès final.
C’est grâce à cet état d’esprit, ainsi qu’à un zest de chance, que l’Entente réussira à éliminer de sérieux clients, d’abord l’Espérance de Tunis en phase de groupes, puis le TP Mazembe en demi-finale. Après avoir remporté la première manche à Sétif, l’ESS est archi-dominée lors du match retour à Lumumbashi, mais parvient à inscrire deux buts décisifs sur des… centres de Ziaya, puis Younes, qui trouvent miraculeusement le cadre. L’ESS s’en tire avec une courte défaite (2-3), qui lui permet de se qualifier en finale grâce à la règle des buts marqués à l’extérieur.
L’adversaire en finale, l’AS Vita Club, est de moindre envergure que Mazembe, mais donne tout de même du fil à retordre aux sétifiens, notamment lors du match retour disputé à Blida. Au terme de deux matchs nuls (2-2; 1-1), les buts à l’extérieur profitent une nouvelle fois à Sétif, qui remporte le deuxième titre africain de son histoire, après celui de 1988. Une première pour un club algérien depuis le sacre de la JS Kabylie 24 ans plus tôt (1990). Il était temps !
4 – Handball: La victoire de l’Algérie en Coupe d’Afrique 2014
L’Algérie acceuille la Coupe d’Afrique 2014 au moment où la Fédération algérienne de handball traverse l’une des pires crises de son histoire, après l’annulation de l’élection d’Aziz Derouaz l’année précédente, et la suspension du championnat national durant plusieurs mois.
De plus, et comme le veut la tradition de la FAHB, la préparation de l’équipe nationale s’est effectuée à la hâte, peu de temps avant le début de la CAN. À la vue de tous éléments, les chances pour que les Verts remportent un nouveau titre africain, dix-huit ans après le dernier (1996), sont minces. Pourtant, au fur et à mesure que la compétition avance, une véritable alchimie va se créer entre les joueurs et le public de la salle Harcha, comme aux plus belles heures du handball algérien. Après un quart de finale tranquille contre le Sénégal (44-29), les choses sérieuses commencent à partir des demi-finales face à l’Angola. Portés par un public exceptionnel, les algériens s’imposent (27-23) et retrouvent la Tunisie en finale, pour la deuxième édition d’affilée.
Face aux double champions d’Afrique en titre, les hommes de Reda Zeguili haussent encore leur niveau de jeu, notamment défensivement. La Tunisie tient le choc en première mi-temps (11-12), mais est complètement asphyxiée pendant une bonne partie de la seconde mi-temps, ce dont profite l’Algérie pour prendre le large. Un Abdelmalek Slahdji en état de grâce finit d’écoeurer les tunisiens et d’offrir une fin de match sereine à ses coéquipiers. Une victoire complètement inattendue, fêtée comme il se doit par les joueurs et le public. Le handball algérien et l’esprit de la salle Harcha étaient de retour le temps d’une compétition.
3 – Football: Le huitième de finale de Coupe du monde 2014 contre l’Allemagne
Chacun de nous garde en mémoire les larmes de Vahid Halilhodzic un soir de huitième de finale de Coupe du monde, à Porto Alegre. L’Algérie avait failli battre l’Allemagne, mais elle avait surtout livré une prestation d’anthologie, unanimement saluée par l’ensemble des des connaisseurs du ballon rond.
Pour beaucoup, cette rencontre fut la plus belle du Mondial 2014. Parce que le petit poucet, avait su se mettre à la hauteur de l’évènement en faisant jeu égal avec l’un des favoris de la compétition. Le football a ceci d’unique qu’un Belkalem et autre Mostefa peuvent tenir tête à Kroos, Özil ou Müller le temps d’une rencontre.
Avec un brin de réussite, le destin aurait même pu tourner à l’avantage de l’Algérie, notamment en première mi-temps. Si Faouzi Ghoulam avait cadré sa frappe, ou si Sofiane Feghouli avait servi Islam Slimani au lieu de tenter la frappe, qui sait ce qu’il aurait pu advenir du match… et d’un potentiel quarts de finale contre la France en cas de qualification…
Mais cessons de rêver et revenons au match. Après une première période de très haut niveau où ils auraient mérité de mener au score, les Fennecs marquent le coup physiquement en seconde période. L’Allemagne se procure plus d’occasions, mais devra attendre les prolongations pour parvenir à marquer, grâce à un but de Schürrle (92e). L’Algérie cède une deuxième fois sur un but d’Özil à la 120e minute, avant que Djabou ne sauve l’honneur (120e+1). Malgré l’élimination, les supporters algériens ont éprouvé une immense fierté d’avoir vu une équipe vaillante, capable de se surpasser face à un adversaire qui terminera champion du monde.
2 – Athlétisme: Taoufik Makhloufi médaillé d’or aux JO 2012
L’athlétisme algérien est entré dans une sombre léthargie depuis les quatre médailles obtenues aux Jeux Olympiques 2000. Zéro médaille en 2004 et en 2008. Et puis, est arrivé le phénomème Taoufik Makhloufi, qui allait offrir à l’Algérie une inattendue médaille d’or, sa première depuis douze ans.
Ce quasi-inconnu a commencé à faire parler de lui seulement un an plus tôt, en remportant une médaille d’or au 800m et une médaille de bronze au 1500m, lors des Jeux Africains de 2011. À Londres, il s’aligne sur les deux distances, mais décide de se focaliser sur le 1500m – il abandonnera le 800m, ce qui lui vaudera une suspension de la part de l’IAAF, avant d’être réintégré 24h plus tard.
Makhloufi parvient jusqu’en finale du 1500m en remportant toutes ses courses avec aisance, et devient de fait un favori de l’épreuve. Dans une finale au rythme relativement lent, il parvient à parfaitement se positionner derrière les lièvres kenyans, au détriment de Silas Kiplagat, qui devait profiter du travail de ses compatriotes et qui jouera des coudes à plusieurs reprises pour se placer devant l’algérien. Lors du dernier tour, Makhloufi lance une accélération foudroyante, et termine la course avec un finish qui jettra un voile de suspicion indigne sur sa performance. Qu’a cela ne tienne, l’entrée du soukahrassien dans la cour des grands est fracassante.
1 – La Coupe d’Afrique des nations 2019 de l’Algérie
En toute logique, la victoire de l’équipe nationale de football à la Coupe d’Afrique 2019 est l’évènement sportif le plus marquant de la décennie passée (2010-2019). La victoire en finale a été la consécration
Plus que le résultat finale, c’est l’ensemble du tournoi
En toute logique, la victoire de l’équipe nationale de football à la Coupe d’Afrique 2019 est l’évènement sportif le plus marquant de la décennie passée (2010-2019). Plus que le résultat finale, c’est l’ensemble du tournoi réussi par les Verts qui a enthousiasmé les algériens, dans un contexte socio-politique bouillant.
Le mérite revient en grande partie à Djamel Belmadi, qui a fait d’une équipe moribonde enchaînant de piteux résultats, un champion d’Afrique, en moins d’un an. Un exploit si immense qu’il place directement le sorcier de Champigny-sur-Marne parmi les plus grands techniciens algériens de l’histoire. Les résultats parlent d’eux-mêmes: Deux succès contre le Sénégal, pourtant favori de la compétition, éliminations successives de deux récents vainqueurs de la CAN, la Côte d’Ivoire (2013) et le Nigeria (2015), et des victoires sans trembler contre les équipes de deuxième niveau (Kenya, Tanzanie, Guinée).
En assumant pleinement son rôle de leader technique et spirituel de l’équipe, Riyad Mahrez peut désormais s’asseoir à la table des plus grands joueurs algériens, tels que Rabah Madjer, Lakhdar Belloumi ou encore Rachid Mekhloufi. Cerise sur le gâteau, son majestueux coup-franc inscrit à la dernière minute de la demi-finale contre le Nigeria restera éternellement attaché à Mahrez et à l’Algérie, quand même!
Enfin, cette CAN sera aussi celle où la fausse opposition entre joueurs dit « locaux » et joueurs dits « binationaux », entretenue depuis des années par certains médias et journalistes algériens, a volé en éclats. En instaurant une concurrence loyale entre joueurs, basée sur les performances sur le terrain et non pas le nom ou le statut, Djamel Belmadi a levé toutes les ambiguïtés qui pouvaient exister au sein de la sélection. La révélation de Bounedjah et autres Belaïli a été l’une des grandes réussites de Belmadi et l’un des facteurs essentiels au succès des Verts.

