Tous les algériens passionnés de basketball ont en mémoire ce jour où notre sélection nationale rencontrait les États-Unis à Indianapolis, pour le compte de la Coupe du monde 2002. Un match qui aura marqué l’apogée du basketball algérien, malgré l’écart de 50 points au score final.
L’Algérie qui rencontre la « Dream Team »… L’affiche était absolument inimaginable à peine un an auparavant, lorsque débute l’AfroBasket 2001 au Maroc. En effet, la compétition est dominée au palmarès par l’Angola, le Sénégal, l’Égypte ou encore la Côte d’Ivoire, tandis que la meilleure performance de l’Algérie reste est une troisième place obtenue en… 1965. L’édition 2001 verra l’éclosion de la plus belle génération du basketball algérien.
Pour constituer son effectif, l’entraîneur Bilal Faïd a fait appel aux meilleurs joueurs du championnat (Harouni, Boulaya, Sayah, Oukid), renforcés par deux anciens joueurs de l’équipe de France juniors: Ali Bouziane, arrière de Gravelines en Pro A française, et Youcef Ouldyassia, qui évoluait alors à Genève. Un troisième joueur formé en France, Mourad Boughedir, fait également partie du roster pour apporter du poids à l’intérieur, avec sa morphologie à la Charles Barkley.
Après une entrée en matière tranquille face à la faible Afrique du Sud (76-46), le premier sérieux obstacle se dresse devant les Algériens: l’Angola, qui a remporté 5 des 6 éditions précédentes! Et là, le miracle se produit: Victoire de l’Algérie! (78-70). Un exploit qui lance définitivement les Verts, qui terminent le premier tour avec une seule défaite, d’un petit point face au Nigeria (58-59).
Qualifiés pour les demi-finales, les algériens se voient opposés à la Tunisie. Au terme d’un match ultra-serré, ils s’imposent au buzzer (77-76), pour retrouver l’Angola en finale. Cette fois-ci, la confrontation tourne à l’avantage des Angolais, plus expérimentés (78-68). La déception de la défaite est vite oubliée, puisque les Verts obtiennent le droit de disputer la Coupe du monde l’année suivante, en compagnie du champion angolais. Une première pour le basket algérien !
Le coup de massue venue de la FIBA
Hélas ! La FIBA pénalise lourdement l’équipe peu avant le début de la Coupe du monde, en refusant à Bouziane et à Ouldyassia le droit de représenter l’Algérie, sous prétexte d’avoir porté les couleurs de la France en jeunes. Un immense coup de massue, d’autant qu’Ali Bouziane est l’atout offensif numéro un des Verts, lui qui a terminé meilleur marqueur et passeur de l’équipe à l’AfroBasket.
En plus des absences forcées de Bouziane et Ouldyassia, coach Faïd décide de laisser à la maison quatre finalistes de la Coupe d’Afrique. Exit les Harouni, Rebahi, Brahimi et Benhocine, remplacés par des joueurs évoluant en France: Mebarki, Doubal, Boudissa, Haïf et Belhimeur. Le scoreur du Mouloudia d’Alger, Amine Benramdane, est le seul joueur du championnat algérien parmi les nouveaux. Les six rescapés de 2001 sont Sayah, Boughedir, Ouali, Mehenaoui, Boulaya et Oukid.
La rouste américaine
Le tirage au sort du Mondial offre au Cinq national un groupe des plus relevés : Premier match contre la meilleure équipe du monde, les États-Unis, avant d’affronter l’Allemagne de Dirk Nowitzki, puis la Chine de Yao Ming. La rencontre tant attendue face au Team USA est programmée dans la soirée du 29 août 2002, jour d’ouverture de la compétition.
Autant vous le dire tout de suite, il n’y a pas eu l’ombre d’un début de suspense. L’écart abyssal entre les deux formations est aggravé par la crispation des joueurs algériens. On ressent dès les premières acions leur crainte d’aller se frotter aux redoutables intérieurs américains, emmenés par Jermaine O’Neal (2,11 m) et Ben Wallace (2,06 m), et de risquer un contre humiliant… les algériens se mettent alors à arroser avec des tirs à trois-points à tout-va. Parfois quasiment depuis la ligne médiane, on n’est jamais trop prudent ! Benramdane finit par inscrire les trois premiers points de l’Algérie d’un tir de neuf mètres, plus de quatre minutes après le début du match !
L’écart est déjà de 19 points à la fin du premier quart-temps (13-32), mais il est maintenu ainsi à la mi-temps (32-51), grâce une meilleure adresse des algériens et à une baisse de régime des américains. L’Algérie continue d’envoyer des tirs à trois-points à tout-va lors des deux derniers quart-temps, sauf que l’adresse s’effondre (17/54 à la fin du match, soit 31% de réussite), comme la défense. Les américains en profitent pour faire le spectacle en claquant quelques dunks, tout en donnant du temps de jeu à l’ensemble de leur effectif.
Le score final est de 110 à 60, et la déception est de mise tant les algériens ont paru timorés et n’ont posé le moindre danger à Team USA. « C’était un bon match d’entraînement », déclarera Paul Pierce, avec le tact légendaire des américains… Coach Faïd trouvera quand même le moyen de positiver après la rencontre: « C’est bien d’inscrire 60 points face aux américains ». Un sens du satisfécit à faire pâlir Rabah Saadane…
Seule petite consolation, Benramdane termine meilleur marqueur de la rencontre, en compagnie de Pierce, avec 22 points et un joli 6 sur 13 à longue distance. Un joueur qui sera annoncé partant pour les Chicago Bulls par Mustapha Berraf, président de la FABB, en direct sur le plateau de TV Sport, quelques temps plus tard…
La suite de la Coupe du monde est plus honorable pour les algériens. Hormis une défaite de 32 points face à l’Allemagne de Dirk Nowitzki (70-102), les rencontres face à la Chine de Yao Ming (82-96) et le Venezuela (83-98) sont plus disputées bien que perdues. Ils terminent le tournoi par une nette victoire sur le Liban (100-70), pour terminer à la 15e place sur 16 équipes. Un résultat passé un peu inaperçu à l’époque mais qui reste une performance quand on connaît la place du basket au Liban et la qualité de leur championnat.
Le début de la fin
Un bilan contrasté donc, mais l’essentiel était ailleurs pour le basketball algérien. Cette coupe du monde était une occasion unique de développer ce sport, qui n’a jamais eu la popularité du football bien qu’il compte de nombreux adeptes depuis l’explosion internationale de la NBA dans les années 1990. C’est exactement l’inverse qui s’est produit, puisque la Coupe du monde 2002 a été l’apogée du basketball algérien, qui a connu depuis un inexorable déclin.
Sur la lancée du Mondial 2002, l’Algérie participe à l’Afrobasket en 2003 (élimination au premier tour) et en 2005 (quatrième place à domicile – nous y reviendrons sur RetroAlgérie!). Toujours en 2005, elle remporte la Coupe arabe des nations, son unique trophée international. Elle peine depuis à se qualifier à l’épreuve continentale, avec une seule participation sur les six dernières ! C’était en 2013, pour une élimination au premier tour… Elle termine le plus souvent derrière le Maroc et la Tunisie dans sa zone de qualifications.
Combien de temps devront attendre les supporters algériens avant de revoir leur équipe en Coupe du monde? L’absence de vision de la Fédération a brisé l’élan du basket algérien, quand dans le même temps, le voisin tunisien se structurait pour devenir une nation majeure du basketball africain, avec deux titres à la clé (2011 et 2017). Il est temps que nos clubs et notre championnat se structurent, en particulier au niveau de la formation, pour permettre à des talents d’éclore et améliorer le niveau de l’équipe nationale. Messieurs de la FABB, au boulot!
Feuille de stats du match Algérie-États-Unis (60-110)
Les 12 joueurs sélectionnés à la Coupe du monde 2002:
Amine Benramdane, Abdelhalim Sayah, Farid Belhimeur, Nasser Haïf, Nabil Boudissa, Miloud Doubal, Mourad Boughedir, Nadjem Ouali, Samir Mehenaoui, Sofiane Boulaya, Tarek Oukid, Nabil Mebarki.
Les 12 joueurs sélectionnés à l’AfroBasket 2001:
Abdelaziz Rebahi, Abdelhalim Sayah, Ali Benhocine, Ali Bouziane, Fardjallah Harouni, Lahouari Brahimi, Mourad Boughedir, Nadjem Ouali, Samir Mehenaoui, Sofiane Boulaya, Tarek Oukid, Youcef Ouldyassia.

